Le terroir du vignoble de Saint Michel-sur-Loire autrefois et la dernière loge de vigne

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Le Vignoble : Le vignoble de Saint-Michel-sur-Loire a subi plusieurs évolutions au cours des ans : de tout temps il y eut des vignes à St-Michel, de l’époque Gallo-Romaine au XVIII°, dans les actes de propriétés figuraient toujours quelques arpents de vignes, notamment sur le coteau bien exposé au sud. D’ailleurs la majorité de la population du village vivait autrefois dans le bas du coteau, le long duquel on retrouve de nombreuses caves qui avaient toutes leurs cuves et pressoirs, et certaines habitations troglodytes.

En 1808, le Ministre de l’Intérieur a demandé au Préfet d’Indre-et-Loire de lui faire un état des lieux du vignoble : Le Préfet de l’époque, Mr Lambert, envoya une lettre le 9 mai 1808 aux maires des communes de son département avec un tableau à remplir reprenant les surfaces de vignes, la nature des terrains, les plants de vignes cultivés, la façon données, le rendement moyen, etc… ;
Le maire de Saint-Michel de l’époque, Mr Marchand répondit le 13 juin 1808 avec les précisions suivantes : « le vignoble avait une contenance de 40 ha et était planté sur le coteau, dans une terre argileuse et pierreuse, d’une culture très difficile, les plants étant du pineau blanc de Loire (chenin) et du grolleau (ou groslot) (rouge) donnant un vin médiocre, et la production n’était que de 7 à 8 hectolitre à l’hectare. La façon donnée aux vignes étant la taille et 2 façons de bêche ».

En 1880, l’Indre-et-Loire commença à être parasité par le Phylloxéra, ce redoutable puceron de la vigne qui fit des ravages en France. C’est surtout dans les années 1885 / 1889 qu’il se développa en Touraine : la Préfecture dressa une carte « phylloxérique » : en 1885, 89 communes touchées ; en 1887, 97 communes ; et au 25 octobre 1890 Saint-Michel-sur-Loire apparaît dans les 127 communes « phylloxérées », sur quelques parcelles. Un sérieux traitement au sulfate de carbone fut recommandé.

cave banchereau
Fin du XIX° et au début du XX° siècle il y eut une amélioration dans la qualité de la culture de la vigne et une augmentation des surfaces cultivées :
Les vins du propriétaire de la Cave-Banchereau obtinrent une médaille au Comice Agricole de Chinon en 1889. (médailles apposées au-dessus de l’une des caves).
Vers 1900 tout le coteau de Saint-Michel-sur-Loire était recouvert de vignobles, de la Ruemillette à Planchoury, vignes que l’on retrouvait aussi sur le plateau, et également par petites exploitations réparties de Pont-Boutard jusqu’à La Cartelézière. De vieilles cartes postales de l’époque témoignent de ces vignobles sur les coteaux.
Un courrier du 24 juillet 1907 du maire de Saint-Michel-sur-Loire (Mr Albert Lemesle) adressé à la Préfecture, déclare environ 200 personnes susceptibles de récolter du vin sur sa commune, et en outre recevant des moûts ou des vendanges fraîches.
D’après les déclarations individuelles faites en mairie, en 1914 on pouvait compter près de 103 Hectares de vignes cultivées par 98 viticulteurs pour une production d’environ 3860 Hectolitres de vin. Les deux plus gros vignobles étant celui du château de Planchoury (Mme Lemesle) avec 18 ha, et celui de la Ruemillette (Mr Paul Germain) avec 16 ha, notamment de gamay.

Mais la surface et la production obtenue à cette époque était très variable d’une année sur l’autre : Les relevés de déclarations d’appellations d’origine des récoltes de vins reçus en préfecture font ressortir pour notre commune les chiffres suivants :
cave rocher
1910 : 113 ha pour seulement 1239 hectolitres récoltés. (Cette année-là un parasite de la vigne fit un grand tort : la « cochylis », chenille qui attaque les fleurs de la vigne et s’installe dans les grains).
1911 : 128 ha pour 4728 hectolitres.
1914 : 103 ha pour 3860 hectolitres.
1917 : production de 4122 hectolitres.
1921 : 110 ha pour 2362 hectolitres.
1928 : production de 1565 hectolitres.
1929 : production de 2454 hectolitres.
1930 : production de 1114 hectolitres.
1932 : production de 2497 hectolitres.

Le principal cépage cultivé étant le grolleau, avec des raisins bien noirs, donnant un vin rouge léger, fruité, avec un faible degré alcoolique naturel, très souvent vinifié en rosé demi sec. Mais on y cultivait aussi du pineau blanc de Loire donnant un vin blanc agréable, et un peu de gamay. La production locale étant essentiellement du vin de table.

charron
En 1917, pendant la première guerre mondiale, le Sous-intendant Militaire de Tours ordonna au maire de Saint-Michel-sur-Loire une réquisition des vins de la récolte 1917 pour un tiers des quantités de vin déclarées par chaque producteur de vin de table. Le vin réservé au ravitaillement de l’armée devant être de bonne qualité, et les vins rouges, blancs ou rosés étant acceptés quel que soit leur degré alcoolique, moyennant une indemnité fixée par le barème Ministériel.
coteau
Le contingent de vin de la récolte 1917 réquisitionné à Saint-Michel par le Sous-intendant Militaire fut de 1295 hectolitres, approuvé par le maire Paul Germain le 1er décembre 1917. Mais vu les difficultés d’acheminement et de transport début 1918, seulement 696 hectolitres furent livrés aux armées, et mainlevée du solde fut donnée début avril 1918, les propriétaires qui n’avaient pas pu livrer reçurent l’ordre de rembourser au percepteur le montant des acomptes avancés…

Paul Germain, maire de Saint-Michel-sur-Loire, Président du Conseil Général d’Indre-et-Loire et Sénateur, était tout d’abord un agriculteur d’avant-garde qui développa les vignobles et les techniques viticoles sur sa propriété de la Ruemillette, ainsi qu’ensuite ceux du Vieux Château de St-Michel qu’il acquit en 1919 :
clos vieux chateau
Ci-contre, l’étiquette qu’il mettait sur ses bouteilles de vin issues du «  Clos du Vieux Château », dessin reproduisant le vieux château réalisé par Andrée Benon, peintre et femme du sculpteur Alfred Benon, cousin germain de son gendre Prosper Benon.

Le 17 octobre 1922, le Préfet d’Indre-et-Loire propose au Ministre de l’Agriculture que Mr Paul Germain, également Président de l’Union Vinicole des propriétaires d’Indre-et-Loire, fasse partie de la Commission Consultative au Ministère à Paris réunissant 20 personnes au niveau national pour étudier les questions relatives au commerce d’exportation des grands crus viticoles de France, représentant ainsi la Touraine.

En 1925, Paul Germain était aussi Vice-Président de l’Association Régionale « Touraine-Anjou-Saumur » notamment présente à l’exposition internationale des Arts Décoratifs à Paris en 1925 pour promouvoir les crus de la région.
Le 19 avril 1926, le Préfet transmet au Ministre de l’Agriculture la liste des déclarations d’appellations d’origine effectuées en 1925 dans le département pour publication au Journal Officiel : Saint-Michel-sur-Loire y figure en appellation «  Vin de Touraine ». Cette déclaration pour publication fut faite systématiquement les années suivantes.

menu
En 1933, sur un menu du déjeuner du 11 novembre des Anciens Combattants de Saint-Michel, dans la liste des vins servis figure un « Saint-Michel Supérieur » ! ( ce menu est encadré dans la salle du jeu de boules de fort de la commune).

En 1935 avec la création par loi décret de l’Institut National des appellations d’Origine (INAO), cet organisme a incité les viticulteurs à utiliser des cépages sélectionnés,
etiquette aoc
au détriment des cépages ordinaires qui furent progressivement arrachés, certains cépages cultivés dans certaines régions de France tel le Noah (vin blanc) et l’Oberlin (vin rouge) furent même interdits. De ce fait les surfaces de vignes commencèrent à diminuer.

Le 24 décembre 1939 un décret délimite l’aire d’appellation de production des vins de « Coteaux de Touraine » incluant la commune de Saint-Michel-sur-Loire.

parcelles
Une réunion du 11 mai 1943 de la commission départementale de délimitation des appellations d’origine « Coteaux de Touraine » détermine les parcelles et les parties du cadastre de la commune de Saint-Michel-sur-Loire autorisées à intégrer cette appellation agrée par l’INAO. Cette appellation «  Coteaux de Touraine » sera modifiée en 1953 pour devenir appellation « AOC Touraine ».

machine dufresne
Au musée « Maurice Dufresne » à Marnay près d’Azay-le-Rideau , il y a, exposé au milieu de toutes ces machines, un tracteur agricole viticole des années 1950  provenant de Saint-Michel-sur-Loire : Il s’agit de l’un des premiers tracteurs « enjambeur » créé en Champagne en 1947 par les Etablissements Ballu à Epernay (Tecnoma), qui était une vrai révolution pour les travaux dans les vignes.
Par la suite la culture des vignobles sur Saint-Michel fut progressivement abandonnée.
Le contexte politico économique de la moitié du XX° siècle, notamment la surproduction de vin, la concurrence des vins du midi, l’arrivée du vin d’Algérie, entraînant un déséquilibre du marché après 1945, à amener à remettre complètement en question la culture de certains cépages ordinaires fournissant du vin de consommation courante (vin de table).

Le Gouvernement mit en place des primes à l’arrachage de vignes, notamment par le décret 53/977 du 30 septembre 1953 relatif à l’organisation et à l’assainissement du marché du vin et à l’orientation de la production viticole, chapitre III, article 31.

Actuellement en 2012 il doit rester sur la commune de Saint-Michel-sur-Loire à peine 1ha 15 a de vigne, répartis sur 5 propriétaires, de cépages grolleau, gamay, et pineau blanc, vignobles dont la plupart ne sont plus entretenus.

L’INAO, autrefois Institut National des Appellations d’Origine , Vins et Eaux de Vie, appelé maintenant : Institut National de l’Origine et de la Qualité, est un établissement public administratif placé sous la tutelle du Ministère de l’Agriculture : il gère les signes d’identification de l’origine et de la qualité des produits en France, non seulement viticole, mais aussi d’autres produits agricoles, il a un bureau à Tours pour l’Indre-et-Loire, et gère les territoires classés en appellation.
En ce qui concerne Saint-Michel-sur-Loire, nous avons toujours actuellement 3 zones sur le haut du coteau classées « AOC Touraine », même si celles-ci ont été en parties urbanisées !!... :
- Section E 1 : Lieu-dit : Le petit champ de foire, une partie du champ de foire, et une partie des hautes ouches.
- Section F 1 : l’Aumônerie, coté coteau en allant vers Planchoury.
- Section F 2 : La Chaboissière, une partie de la Ruemillette, Les Coteaux, Les Girards, Le Champ Girard, et La Pièce de la Croix.
Mais certaines de nos dernières vignes sont déjà visiblement abandonnées et en friches !...derniers témoins d’un fructueux passé qui n’est pas si lointain.

La dernière Loge de Vigne de Saint-Michel-sur-Loire : les loges de vignes étaient des constructions élevées au cœur des vignobles pour servir d’abri aux vignerons lors des travaux de culture de la vigne.

loge de vigne
Véritables petites maisons miniatures, elles étaient autrefois largement utilisées à la journée comme lieu de repas et de repos lors des diverses phases de la culture et de l’exploitation de la vigne. Elles virent surtout leur apparition durant la moitié du XIX°, et début du XX° siècle. Certaines en bois et ‘brémaille’ des landes disparurent, seules celles en pierre de tuffeau et moellons de silex résistèrent aux intempéries. Généralement rectangulaire comportant une petite salle principale d’environ 10 m2 avec une cheminée, avec à coté une autre pièce séparée par une simple cloison pour le cheval avec une mangeoire.

cheminee de loge
La dernière Loge de vigne de Saint-Michel-sur-Loire se situe au début de la route de Commendin, après le premier virage, sur la gauche, au bord de la route sur une parcelle cadastrale dite « Les Bournais », et fait partie de notre petit patrimoine « remarquable », témoin d’un passé de culture de la vigne important sur la commune.

Restaurée à l’intérieur par le propriétaire actuel, la cloison pour le cheval a été enlevée, une pièce a été aménagée, maintenant la petite cheminée en tuffeau, lui donnant un caractère charmant.

On ne connaît pas exactement la date de construction de cette loge de vigne, vraisemblablement dans le courant du début du XX° s, mais le terrain a appartenu à la même famille, se le transmettant de mère en fille pendant près de cent ans :
A l’origine ce lieu appartenait à Mr Joseph Galteau, propriétaire cultivateur, décédé le 27/07/1916, et à sa femme Marie-Louise Nicier, décédée le 3/09/1900, demeurant à La Cueilleminault à Langeais. Puis à leur fille Marie Louise Antoinette Galteau, décédée le 10/04/1942, épouse de Joseph Dupuy, cultivateur propriétaire décédé le 7/09/1938 habitant également à La Cueilleminaut . Leur fille Alice Léa Joséphine Dupuy, (1889-1972) épouse de Célestin Henry en fit donation le 31 décembre 1945 devant maître Coirier, notaire à Langeais, à leur fille Raymonde Henry, épouse de Maurice Creteau, demeurant toujours à La Cueilleminault : on les imagine très bien venir de La Cueilleminault à Saint-Michel-sur-Loire avec le cheval passer la journée à travailler dans les vignes, et déjeunant tranquillement à l’abri dans la loge de vigne.
loge de vigne
Madame Maurice Creteau-Henry en fit donation à son tour encore à sa fille Claudette Creteau, épouse de Michel Henry (sans parenté avec sa belle-mère), le 15 janvier 1994 devant maître Jacques Le Guillou, notaire à Langeais.

Madame Claudette Henry-Creteau la vendit le 18 décembre 2003 devant maître Jack Boucher, notaire à Langeais, à Monsieur Guillaume Raimbault propriétaire actuel qui maintient en bon état ce témoignage parlant de toute une période économique florissante de nos anciens.

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